Les écrits


Les écrits qui nous sont parvenus d’Otto Gutfreund se présentent sous différentes formes : correspondance, journal, articles, où s’élaborent et s’affirment ses positions théoriques.

Nous devons à Jiri Setlik la chance de pouvoir les découvrir, rassemblés dans la remarquable édition commentée qu’il en donna en 1989 aux éditions Odéon, alors même qu’expirait le régime qui avait jadis voué l’œuvre d’Otto Gutfreund à la relégation. Il nous est apparu essentiel de communiquer la liste exhaustive de ces textes et d’en proposer une brève présentation.

Ces écrits ont été rédigés principalement en tchèque. En revanche, certaines correspondances ainsi que le journal de captivité sont en langue française, que Gutfreund parlait et écrivait correctement. Si tout au long de sa vie s’impose à lui la nécessité de préciser par écrit ses intentions plastiques, ses textes théoriques se présentent dans une langue parfois métaphorique et imagée, ou bien dense, précise et rigoureuse.

Ses premiers écrits datent de son séjour à Paris en 1909 - 1910, et sont nourris par la fréquentation des grandes œuvres du passé, les débats passionnés avec ses amis, et surtout les conférences improvisées de son maître Bourdelle ; ils accompagneront, nécessaire antichambre de l’atelier, sa recherche opiniâtre d’un vocabulaire personnel, radicalement novateur.

Cette rage à écrire témoigne de la dimension intellectuelle, voire spirituelle de sa démarche créatrice. L’artiste y convoque les plus hautes expressions artistiques du passé, depuis l’antiquité jusqu’au XIXe siècle. Les périodes gothique et renaissance retiennent son attention, et plus encore le baroque dont il était si familier. Il y médite aussi bien les leçons d’un Donatello, d’un Daumier ou d’un Rodin, que celles reçues des figures anonymes qui peuplent les cathédrales d’Europe, fidèle en cela à la pensée d’Antoine Bourdelle et d’Auguste Rodin.

Gutfreund est sensible à la pertinence des préoccupations plastiques des grands novateurs de son temps : Picasso surtout, mais aussi le Douanier Rousseau, Edward Munch ou Degas.

Les ruptures structurelles opérées par le cubisme se trouvent analysées puis théorisées et transposées, au delà du champ bidimensionnel de la toile, dans l’espace où la sculpture est appelée à déployer les potentialités encore insoupçonnées qu’elle recèle.

Les positions théoriques, inquiètes et tendues, sur lesquelles débouche cette relecture de l’histoire de l’art, sont la clé de son œuvre sculpturale et graphique. Ses écrits, en cela, sont le pendant de son œuvre sculpté tout entier.

Nous sommes heureux que le lecteur francophone puisse, pour la première fois, en découvrir la richesse à travers les extraits que nous lui proposons ici.


Textes publiés d’Otto Gutfreund :